Mobilis Sonore - création 2014

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Mobilis Sonore - BWV // 3X2 - titre provisoire -

des intentions corporelles aux sensations acoustiques

Ce projet réunit une chorégraphe, un monsieur son, trois danseurs, trois perchmans, un mixeur sonore, un créateur lumière et une dramaturge.

Les trois danseurs auront chacun une bande son qu'eux seuls entendront, trois bandes son différentes pour trois danses différentes.
Chacun des perchman suivra le son produit par le corps de chacun des danseurs: respiration et présence (frottements textiles, pas, etc) issues des mouvements.
Un dialogue corporel et sonore sera mis en place entre « le technicien » et « l'artiste ».

Ces trois duos installeront leur chorégraphie au sein d'une scénographie uniquement créée par des espaces mis en lumière.

Le mixeur sonore récupérera les trois sources sonores et mixera en direct pour le public, qui écoutera lui-même cette performance dans uns système de diffusion spatialisée proche du dispositif de la salle de cinéma, afin d'obtenir une écoute déréalisée du mouvement, travaillée par la proximité de la prise de son ainsi que par les possibilités de la spatialisation.

L'objectif est de donner à entendre « l'inaudible » de la danse,
de créer à la fois une chorégraphie sonore (distinctes du mouvement visuel),
mais aussi mettre en évidence la dialectique gestuelle du technicien envers l'artiste
(chaque perchman suivant selon son corps et sa sensibilité les mouvements visuels et sonores de chaque danseur).

 

Sur un plateau de cinéma, le danseur est le perchman. Il est celui qui suit, qui sent, qui anticipe les mouvements des acteurs et leur rythme. Il est celui qui se doit de placer le microphone à l'endroit juste pour en tirer l'essence sonore de la mise en scène. Il est celui qui met son corps en jeu pour cela. Il est celui qui danse avec le son du vivant.

Et pas seulement la voix, qui dirige pourtant son action, mais aussi tous ses sons infimes qui expriment de la même manière l'émotion d'une scène: un souffle, un frottement de vêtement, un pas. Une non-musique qui nourrit la sensation du spectateur dans sa découverte de l'oeuvre, par les rythmes, les timbres, les niveaux, les hauteurs de ces détails sonores.

Sur scène, le danseur est celui qui est bien souvent sans voix. Il est celui qui est dévoué à une conscience corporelle de ce qu'il donne à voir, dans ses intentions, ses émotions. Il évolue par conséquent dans un référentiel qui est généralement strictement visuel. Le danseur a généralement peu conscience de sa production sonore, pourtant importante au travers de sa respiration, des frottements de peau, de costumes, avec ou contre le décor, le sol et de sa rencontre avec les autres. Soit bien souvent l'inaudible de la danse, voire son inconscient.

Notre idée est celle d'une rencontre entre le perchman, cet acteur à part entière, avec la danse et ses interprètes. Mettre en scène sur un plateau de spectacle vivant celui qui se cache dans l'ombre des plateaux de cinéma, tout en interrogeant la mise en scène sonore du corps des danseurs dans ce cadre. Et amener la sensation sonore cinématographique dans une action présente, avec toute la force de son minimalisme.

Il s'agit donc de questionner la représentation de chacun avec ses spécificités. Le danseur sait ce qu'il donne à voir, mais reste peu attentif à ce qu'il donne à entendre. Il n'a généralement que peu de conscience des sons que produisent ses mouvements et de leurs charges émotionnelles. A l'inverse, le perchman donne à entendre, sans avoir conscience du sens, des signes, de la danse qu'il produit avec ses déplacements. Son corps n'est qu'un outil au service du son. L'essence de notre proposition se situe donc ici:
qu'à l'élaboration de la conscience corporelle du perchman réponde celle sonore du danseur.

Quels sont les enjeux ? Quelle contagion s'opère ? Qui chasse qui ? Qui commente qui ? Qui représente qui ?

Il s'agit donc de s'attacher à faire écouter l'inaudible, le petit, l'oublié, afin de révéler l'émotion d'un effort physique et sa théâtralité. La narration s'inscrira dans ses textures sonores propres au plateau, dont le danseur est la source et le perchman le relais. Un duo étonnant et complémentaire dans lequel le jeu des corps et des sons ouvre une multiplicité d'échanges.

Afin de mettre en oeuvre cet espace, nous pensons à la mise en place de trois duos, simultanés ou non sur le plateau: six corps et trois microphones mis en lumière, pour une diffusion spatialisée du résultat. Nous souhaitons ainsi jouer avec la sensation du spectateur, en modulant et en plaçant la production sonore du plateau en fonction de sa mise en scène et de sa dramaturgie: travailler l'intensité et le timbre, en les amplifiant ou non, en fonction des sons générés par les danseurs (sujets de capture) comme par les perchmans (eux-même générateurs de sons malgré eux).

Ce jeu sera le support d'une dramaturgie nécessaire à ce dispositif technique, dont l'engrenage des corps et des microphones sera sujet de narration. La relation perchman / danseur est en effet ouverte à de multiples possibilités: de la collaboration à la confrontation, de l'échange à la fuite. Le perchman reste un prédateur dont l'objet de chasse est le son: son mutisme et la discrétion de ses déplacements en font un fêlin dont l'animalité du corps devient ici aussi sujet.

Le propos chorégraphique est intrinsèquement lié à la mise en scène. Comment s'organise une chorégraphie quand trois perchmens sont à la chasse au son autour et au sein d'elle même ? Comment appréhender la scène avec ce qu'on pourrait qualifier de scénographie humaine et mouvante qui produira elle-même la bande sonore et originale qui accompagne et nourrit cette même scène ? Scénographie et protagoniste, protagoniste scénographique, des séries de prétexte ... Il y a du malgré soi dans cette histoire... C'est ce qui rend attrayante l'aventure: la quête est d'entraîner intention et émotion chez l'un ou l'autre, protagoniste ou pas, sur scène ou pas.

Pour cela, nous imaginons une partition chorégraphique basée sur des parcours musicaux cohérents et complémentaires, autonomes et structurés (des consignes orales pourront être intégrés à ceux-ci) pour chaque danseur (à l'aide de systèmes d'écoute internes). Chacun développera ainsi sa temporalité et sa géographie dans la structure scénographique du plateau.

Les lumières seront par conséquent les vecteurs de la mise en scène sonore. Et les costumes ne seront pas cantonnés à une fonction esthétique visuelle seule, l'importance de leurs timbres étant fondamentale dans l'émotion qu'ils peuvent engendrer.
Nous nous attacherons également à mettre en avant les instants de relâche, durant lesquels surgissent ces gestes minimalistes qui commentent l'action passée. Souvent considérés comme parasites, nous tâcherons d'interroger leur statut, de questionner cette apparition supposée du réel au sein d'un ensemble maîtrisé. Un instant de relâche, un geste inhérent, tel un commentaire. Ce mot sera prétexte à toute une recherche de mise en scène.

Lorsqu'un interprête cesse d'être au service d'un travail chorégraphique précis, quels sont les gestes sonores qui lui échappent, qui le soulagent, qui le rassurent ? Dans quelle mesure ces pauses et ces interstices racontent-ils quelque-chose sur la mise en scène et sur la singularité de ces interprètes? Quel commentaire devient narratif? Quellle est la beauté de ce qui nous échappe? Quelle est la fragilité de ce que nous construisons?

De cela découle un objet de création singulier qui propose de mêler technique et sensation. Interroger une logique propre au cinéma français (la narration minimaliste du son direct) dans le cadre du spectacle vivant (où celle-ci est adjacente). Mettre en relation le technicien et l'artiste dans l'émergence des émotions, tout en mettant en évidence leurs similitudes, leurs différences. Tout cela dans une démarche qui se veut populaire sans être didactique.

 

Ce projet est mené par :
Elsa Decaudin, chorégraphe et danseuse
Clément Decaudin, ingénieur son

En collaboration étroite avec
Jean-Philippe Lambert, créateur lumière
Raphaël Hénard, mixeur sonore
Alice Carré, dramaturge
2 perchmans
2 ou 3 danseurs

 

 

Ce projet est hébergé et soutenu par la structure PulX

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